Dans le cadre du Festival Images, STADIO a convié Adventice Editions et Marco Nicolas Heinzen à collaborer sur un projet commun. RE:EDITORIAL est l'exposition résultant de cette collaboration.

Dans leurs pratiques respectives, les exposants interviennent dans un flux d'images pour le dévier de sa trajectoire conventionnelle. Et bien que les iconographies abordées par chacun prennent source dans des champs distincts, tous deux en révisent la forme afin de leur conférer un statut renouvelé.
Ainsi, Adventice Editions (AE), fondé en 2010 par Florine Bonaventure et Jennifer Niederhauser, publie annuellement la revue Adventice. AE y invite des contributeurs investissant les domaines de la recherche, de la science, de l'art et de la culture, pour générer une plate-forme de dialogues interdisciplinaires. Par le biais de cette publication, elles entreprennent non seulement un travail éditorial, mais réinterprètent aussi la matière leur étant fournie. Le traitement des images et du texte, puis leur agencement, façonnent dès lors un objet d'art autonome.
Au travers de son projet Encyclopedia Aesthetica Universalis, Marco Nicolas Heinzen travaille depuis 2006 à alimenter une collection numérique comptant aujourd'hui plus de 15'500 images issues d'internet. De cette dernière, il réalise des peintures à l'huile et en constitue ainsi une archive tangible. De l'état digital à la matérialité de la toile, Marco stabilise ces images inconstantes en un support qui à la fois transcende notre propre longévité et reconfigure leur environnement. Les notions de temporalité et de spatialité se joignent à celle de la propriété intellectuelle, entraînant une lecture en perspective de son travail.

Le constat de ces différentes natures de réappropriation est la matrice de l'exposition RE:EDITORIAL. Celle-ci convoque deux approches, les amène à se téléscoper au sein d'un même lieu, et permet d'observer les positions qu'elles adoptent réciproquement. La production de cette œuvre inédite s'articule en plusieurs phases, d'un diptyque peint par Marco et issu de sa banque d'images, à sa reproduction photographique et une scénographie conçue par AE.

L'installation présentée à STADIO se décline alors sur deux plans: le volume de l'espace d'exposition et les murs définissant celui-ci.
En ce qui concerne l'exploitation du volume, AE recourt à la réappropriation d'un matériau visuel dont la production, par Marco, sollicite la même démarche. Le procédé suit donc une logique récursive. Néanmoins, la structure de ce matériau est modifiée d'une étape à l'autre selon des filtres propres à chaque artiste. Alors que Marco transfère manuellement des données numériques sur un support de tradition séculaire, la réplique de ses toiles par AE, altérant la facture et neutralisant les couleurs de la peinture, émerge à l'impression numérique sur de la toile synthétique.
De la tension induite par ces étirements faisant se succéder distance puis proximité à la technologie, nait donc un objet hybride. Son exosquelette en bois évoque lui-même le châssis revisité d'une toile et rend cette tension physique.
Aux murs, le texte lisible en deux temps se calque subtilement sur les mêmes principes. L'austérité de ARCHIVE suggère une interprétation classique du support et de la méthode visant à organiser des documents, alors que l'extension .JPG, se dévoilant par la suite, fait explicitement référence à l'Encyclopedia Aesthetica Universalis de Marco et aux outils contemporains de consultation. Afin d'illustrer ce texte, la police de caractère créée par Florine s'appuie sur la famille des didones, d'un genre classique. Pourtant, elle assimile certaines qualités d'une mécane, visuellement plus incisive, historiquement plus tardive, pour paraître innovante en notre subconscient.
Une méthode récursive est donc rejouée aux murs, à l'aide d'un protocole appliqué tant au contenu du texte qu'à sa représentation.

D'un point de vue permettant d'apprécier ces deux plans, la pratique de Marco se révèle alors comme le sujet fédérateur auquel les choix formels de AE font résonance. Et le flottement perceptible dans la disposition des éléments témoigne pour sa part d'une dimension franchie dans la pratique éditoriale, de la mise en page à la mise en espace.