L'exposition ALTARES réunit des œuvres des fondateurs de l'espace d'exposition STADIO. L'espace STADIO est le fruit d'un long travail de rénovation et de réflexion qui s'est étendu sur quatre ans. Aussi, l'exposition ALTARES inaugure l'espace dans sa double vocation, celle d'atelier d'artiste ainsi que celle d'espace d'exposition. ALTARES présente l'entrelacement de cette double vocation.

Les sculptures, B.A.R.D., présentées par Jacques Duboux apparaissent comme des productions oniriques sédimentées dans la pierre. L'artiste puise dans ses rêves et ses fascinations esthétiques afin d'atteindre un répértoire ouvert d'archétypes formels. Cet échantillonage vivant constitue, en un sens, le matériau premier du travail. Jacques Duboux donne corps à ces traces psychiques par un parcours qui inverse leur généalogie vers de nouveaux objets physiques, vers de nouvelles advenues. Ce double rapport, en arrière vers les multiples origines possibles d'une part, et au devant vers l'émergence d'objets inattendus d'autre part, permet de saisir le dialogue qu'entretiennent ces sculptures, cela par l'évocation, notamment, des mythologies antiques ou de la science-fiction. Néanmoins, par la fragilité de ces objets et la dignité du granite la finalité utilitaire de l'outil est écartée, témoignage silencieux et poétique de l'advenue même de l'espace d'exposition STADIO.

Les deux grandes toiles de Guillaume Ehinger s'inscrivent dans l'horizon du vocabulaire de l'art conceptuel et minimal. L'identité essentielle de cette inscription s'effectue comme en un crissement. Un subtil dégradé se déployant dans l'espace pictural ainsi que de légers décalages de géométrie, biaisant le cadre dudit espace, donne corps à un paradoxe. L'apparente nonchalance de la démarche par ses références est pourtant précisément ce qui permet l'instauration d'un dialogue, des peintures à l'espace d'exposition, dans sa singularité même. Ainsi, le paradoxe n'est pas tant une contradiction qui annulerait ces deux aspects, mais plutôt l'ouverture de nouveaux possibles. Au cœur du crissement se distingue une harmonie, un écho qui réverbère le réel au sein de l'espace pictural, une inversion qui livre la parole d'une démarche.

Au cœur de l'œuvre présentée par Mathias Forbach advient une rencontre, celle d'une pratique manuelle, le dessin à la main, avec la projection lumineuse numérique. Cette rencontre est l'occasion d'un jaillissement de formes et d'un entrelacement continu à même l'œuvre. Ce jaillissement se déroule dans l'espace, par les choix formels, ainsi que dans le temps, par le flux lumineux. Dans cette effusion, dans cette entrevue, se constituent de nouvelles formes, comme une perturbation. Evocation du rapport aux autres œuvres présentées, répétition apparamment immobile d'un élan créatif qui raisonne du fond de l'entrelacement cosmique des formes originelles.

ALTARES n'est pas le manifeste d'un collectif qui tracerait à priori les voies du développement du travail de ses membres, réduisant ainsi leur épopée artistique au strict accomplissement d'un agenda monolithique et pré-déterminé.

STADIO est une collaboration qui déploie des faisseaux de lumières et d'ombres dans un jeu de miroirs où ceux-ci s'inversent, se réfléchissent mutuellement, aiguisant les contrastes jusqu'aux inversions. La généalogie même des œuvres est marquée de ces rapports et s'ancre dans l'histoire et l'origine des lieux. Comme un jeu d'échos, en deçà et par delà les consciences réciproques, l'ascendance des œuvres exposées témoigne de l'expérience de la différence comme d'une stimulation à partir de laquelle émerge la singularité des démarches.

Silvio Do Nascimento